4ème étape : troisième et quatrième jours de trek
Mardi 15 janvier 2008 : 3ème jour de trek
J’atteins rapidement le col, étroit passage bordé par deux imposants triangles de pierre. Au-delà s’étend toujours le brouillard épais qui a marqué le chemin jusqu’ici. Néanmoins nous distinguons clairement que, derrière l’étroit passage, le chemin plonge, faisant du col le véritable pic de cette étape. Au sommet je rejoins Arthur et Alan. Ils mettent des vêtements plus chauds pour contrer le froid et boivent quelques tasses d’eau chaude qu’il nous reste dans les thermos. Me servant une tasse, ils me disent qu’il ne faut pas traîner trop longtemps pour ne pas risquer de se retrouver coincés par la neige. Si elle se mettait à tomber, nous pouvions perdre la piste qui doit nous conduire, de l’autre côté du col, à des altitudes plus raisonnables. Nous ne tardons donc pas à reprendre la marche et descendons rapidement quelques centaines de mètres. Le brouillard se fait peu à peu moins épais, la température remonte légèrement et la végétation réapparaît. Nous sommes alors investis d’une certaine joie teintée de fierté. Nous venons de vaincre ce col qui nous a donné tant de mal et ce qu’il reste du trek s’annonce nettement plus supportable. Nous suivons tranquillement la piste de la redescente, prenant le temps de discuter et de prendre quelques photos du paysage, toujours aussi magnifique. Nous ne savons pas encore, à cet instant précis, que cette troisième étape nous réserve encore bien des surprises, et pas des moindres.
En milieu d’après-midi, continuant notre route en espérant atteindre rapidement le prochain camping, une pluie fine commence à tomber. Nous accélérons le pas pour éviter de trop nous mouiller. C’était peine perdue. Bientôt, la pluie se fait plus intense et plus violente. Et le camping qui n’apparaît toujours pas. Arthur prend rapidement une avance marquée alors que je peine pour garder Alan en vue et éviter de me retrouver de nouveau isolé. C’est maintenant une grêle cinglante qui nous assaille. Trempés jusqu’aux os, notre marche garde une allure homogène, presque mécanique, mais cette fois la plus rapide possible. Après une bonne heure de marche sous la pluie, m’apparaissent des tentes au loin. Soulagé, j’imagine déjà qu’Arthur a atteint le camping et trouvé quelques bonnes âmes pour l’aider à monter notre tente. Je me trompe. Arrivé sur place, je découvre qu’il s’agit en fait d’un groupe de Canadiens et de Français qui ont fait halte dans une clairière pour éviter la pluie. Éreintés par les efforts des dernières heures, je n’ai pas le courage de poursuivre les 30 minutes qui nous séparent du camping et nous plantons la tente à quelques mètres de celles déjà en place. S’ensuivent des efforts importants pour se sécher et se réchauffer, un repas rapide et une nuit plutôt agitée et dénuée de sommeil pour cause de duvet mouillé. La perspective d’un lendemain facile et notre étonnante résistance aux conditions climatiques détestables nous ont permis de garder le moral pour aborder notre 4ème et dernière journée de trek.
Mercredi 16 janvier 2008 : 4ème jour de trek
Malgré la fatigue accumulée et une nuit quasiment blanche, je me réveille relativement en forme en ce mercredi 16 janvier. Nous avions prévu de partir vers 9 heures en tablant sur 3 heures de marche tranquille. Nous partons à l’heure prévue après un petit déjeuner sommaire. A cet instant je me rends compte combien mes pieds ont pu souffrir des épreuves précédentes. Mes chaussures de location étant trop grandes, j’ai réussi à choper dès le premier jour des cloques en nombre sur les deux pieds. Percées et pansées, la douleur s’était tue et la guérison avancée. Cependant la traversée des marécages le troisième jour a réveillé la douleur qui est devenue quasiment insupportable au départ du quatrième jour. J’avais bien du mal à suivre le rythme soutenu de mes deux acolytes qui, tout comme moi, commençaient à avoir envie d’en finir. Je suis cependant passé sur mes douleurs plantaires, me disant qu’ensuite j’aurai tout le temps de soigner mes pieds meurtris. Après deux heures de marche, nous atteignons la sortie du domaine du trek et voyons au loin les premières traces de civilisation depuis notre départ : deux ou trois villages perchés sur les montagnes environnantes. Pleins d’entrain, nous nous approchons du premier, où se construit une église et où une ribambelle de gamins furètent dans l’unique rue boueuse. Nous interrogeons le premier d’entre eux sur la distance qui nous sépare encore de notre objectif, Vaquería. Quelle n’est pas notre stupeur quand cette charmante petite tête brune nous assure que Vaquería est encore bien loin, à environ deux heures de marche. Il est déjà 11h30, et les derniers « colectivos » partent de Vaquería à 13h. Soit nous devons sérieusement accélérer le pas sur un chemin qui nous paraît bien vallonné par rapport à l’idée que nous nous en faisions soit nous comptons sur une liaison routière entre l’un des villages à traverser et Vaquería. Cette dernière option paraît bien improbable vu l’état des routes qui ne sont en fait rien d’autre que de vulgaires pistes boueuses. Nous en avons bientôt la confirmation par un autre gamin croisé sur le chemin. Tous ces enfants paraissent heureux dans leur univers. Crasseux, ils jouent volontiers dans la boue. Leur pauvreté extrême se note aussi. Si l’un ‘entre eux a une bicyclette et un second une radio portable, c’est là leur objet le plus précieux et la plupart n’a rien d’autre pour jouer que son imagination débordante. Au passage d’un gringo qui débute ou termine le trek, les premiers mots qu’ils prononcent sont « caramelo » (bonbon) et « pastas » (pâtes). Nous nous délestons donc rapidement de ce qu’il nous reste de notre stock de pâtes et poursuivons notre route, perplexe sur nos chances d’atteindre Vaquería à temps. Mais nous croisons un adulte qui nous semble plus optimiste sur une arrivée rapide. Il nous explique que notre objectif n’est pas très loin et qu’il nous suffit de descendre la vallée et de remonter l’autre versant, Vaquería étant juste derrière. Le problème reste le dénivelé. Il monter, encore et toujours, des côtes qui semblent insurmontables vues d’une centaine de mètres et après 4 jours de trek en montagne. Exténués, nous partons tout de même d’un bon pas et suivons les panneaux qui nous signalent bientôt le village. Cet ultime effort nous prit 1h30, si bien que nous arrivons à Vaquería à 13h pile. Ainsi s’achève dans la douleur un trek de folie. Des paysages magnifiques pleins la tête, un climat changeant qui nous a permis d’en profiter sous tous les angles, un dépassement de soi inédit, des moments uniques entre potes. Bref, un pur moment de bonheur. Ne nous reste plus qu’à attendre le « collectivo », qui passe finalement vers 13h30 et nous emmène à Yungay, où nous prenons une correspondance pour Huaráz. Les 4 heures de « collectivo » sont un événement à elles seules. Coincés à 28 dans un véhicule qui ne compte guère plus de 15 places, nous avons là encore profité d’un paysage unique. Les routes rocailleuses et sinueuses annihilent le peu de confort que nous pouvons trouver aux sièges. Les montagnes s’étendent à perte de vue. À l’intérieur, les locaux, souvent des descendants d’indiens avec leurs costumes traditionnels hauts en couleurs, nous dévisagent du regard, n’ayant manifestement pas l’habitude de voir beaucoup de gringos. À l’aller, une gamine s’était même mise à pleurer au moment de monter, ayant eu peur de moi. Une fois descendus sur la plaine, le paysage change et nous pouvons admirer deux magnifiques lagunes semblables à celles que nous avons vues pendant le trek. Des montagnes s’élèvent toujours de part et d’autres et de fines et hautes cascades se jettent dans l’eau tranquille. Les rives, d’un blanc immaculé, tranchent avec le turquoise de l’eau et le noir des montagnes. Pour parfaire le tout des arbres sans écorces bordent les étendues d’eau. Ces « arbres lépreux » semblent partir en lambeaux, leur tronc s’effeuillant littéralement, laissant sur le sol des lamelles semblables à du papier à cigarette, mais opaque et de teinte marron. Le tout donne un paysage sublime, une harmonie naturelle que rien ne semble capable de troubler. Nous regagnons bientôt Yungay, puis Huaráz, où nous nous installons à l’hôtel que nous avions occupé quelques jours auparavant. Douche, quelques courses et repos au programme. Nous projetons déjà de poursuivre notre voyage vers Pucallpa pour rejoindre ensuite Iquitos et changer une nouvelle fois de paysages et de découvertes dans un pays décidément merveilleux par sa richesse culturelle et sa diversité géographique.