Carnet de voyage - Première étape
Carnet de voyage
1ère étape : Valparaíso – Arequipa
Jeudi 4 janvier 2008
Passées les fêtes de Noël et du nouvel an (je sais, désormais ça fait assez loin mais faites un effort intellectuel pour vous y retrouver…), nous nous sommes rendus compte qu’il était plus que temps de s’intéresser au voyage d’été vers le Nord. « Nous » c’est huit Français étudiant en Amérique Latine : Marion (IEP Rennes), Elsa (IEP Rennes), Julia (IEP Rennes), Ludo (le copain d’Elsa), Guillaume (IEP Toulouse), Arthur (INSA Lyon), Romain (INSA Lyon), JB (INSA Lyon), Alan (IEP Rennes) et moi. Après renseignements sur les possibilités de départ, et nous rendant compte qu’elles étaient fort restreintes juste après les fêtes, nous prîmes le billet de bus pour Arica, à 28h à l’extrême nord du Chili, pour le 4 janvier 2008. Arica est une ville coincée entre les frontières chilienne, péruvienne et bolivienne, et que le Chili a récupéré lors de la guerre du Pacifique, dans le dernier quart du XIXe siècle. 28 heures, ça peut paraître long, mais finalement, conditionnés par les distances monumentales à parcourir pour la moindre sortie en week-end, il passa relativement vite. De lectures diverses en snacks douteux, de sommeils hachés en parties de coinche, nous sommes arrivés le jour suivant à notre destination. Certes nous étions moins frais qu’au départ, mais sans fatigue excessive. Le plus marquant dans ces 2000 km parcourus fut probablement la diversité des paysages. D’un climat méditerranéen à Valparaíso, caractérisé par du beau temps quasiment constant et une végétation abondante, nous passâmes à un paysage que je pourrais qualifier de crétois, où les collines d’ocre jaune sont ponctuées de cactus et de plantes peu gourmandes en eau, pour arriver finalement à un climat désertique où les larges étendus de sable, vierges de toute végétation, apportent une monotonie peu commune aux grandes traversées de cette longue et étroite bande de terre qu’est le Chili.
Vendredi 5 janvier 2008
L’escale à Arica fut brève. Bourgade côtière de 170 000 habitants, ce n’est pas vraiment un Paradis pour un groupe d’étudiants de passage. Un copieux et bon marché repas dans un boui-boui local, une balade en centre ville et 5 minutes sur une plage douteuse et sa baignade au beau milieu d’un champ de méduse ont eu raison de notre enthousiasme initial. L’architecture d’Arica nous a paru bien pauvre. L’unique particularité locale fut une église entièrement en métal et construite par G. Eiffel. Nous ne prîmes même pas le temps de monter sur le « cerro » qui domine la ville pour y voir le Christ Rédempteur (encore un !). Que le Seigneur tout puissant nous pardonne de cette offense, nous étions pressés. En effet, le vague projet de camper sur la plage pour profiter un peu plus d’Arica la Magnifique ne nous a finalement pas séduits plus que ça, d’où un retour illico presto au terminal pour y prendre un « colectivo » direction Tacna, première ville péruvienne après la frontière. Le « colectivo », voiture imposante des années 80, nous donnait quasiment l’impression de passer la frontière dans l’illégalité. Et lorsque la radio a commencé à émettre le mythique « Voyage voyage » d’Emile et image, la traversée a pris une teinte d’aventure épique, s’il était nécessaire de le faire. Démarches d’usage à la frontière, un peu lourd mais sans problème (vive l’UE !), 30 minutes de route à 130 km/h plus tard (au Pérou c’est 100 km/h la limitation), nous arrivâmes sains et sauf à Tacna, ville moyenne qui s’est rapidement développée du fait de sa proximité avec le Chili. Nous n’y restâmes que le temps de prendre un billet pour Arequipa, première ville véritablement intéressante du sud du Pérou.
Samedi 6 janvier 2008
Notre arrivée très matinale, vers 4 heures du matin, à Arequipa nous obligea à chercher rapidement un toit où dormir pour récupérer de l’inconfort total du bus qui nous y a conduits. Un vaste et confortable hôtel à 3€ la nuit nous a permis de profiter d’une bonne nuit de sommeil. « Nuit de sommeil est un bien grand mot puisque le Soleil se lève vers 5h30 du matin, du fait principalement du décalage horaire de 2 heures avec le Chili. Et au final le Pérou se lève tôt et se couche tôt. Les rues sont bondées à 7 heures du matin et on ne trouve plus rien d’ouvert après 22 heures (restos et bars compris). Autre raison de ce décalage, le climat. Le ciel est couvert au petit matin, se découvre vers 10 heures et jusqu’au milieu d’après-midi pour se recouvrir ensuite et laisser place à des pluies de diverse intensité jusqu’à la fin de la journée. La première journée sur place nous servit à nous caler sur cet horaire assez déroutant.
Lundi 7 janvier 2008
Dimanche 7 janvier, première vraies activités de voyage, premières visites. Rendez-vous à la place d’Armes pour le programme de la journée. Présente dans bon nombre de villes importantes d’Amérique Latine, elle marque souvent le lieu de fondation de la ville. L’architecture coloniale y est donc quasiment toujours prédominante. Arequipa ne fait pas exception à cette règle. La place y est encadrée sur trois de ses côtés par d’imposantes arches de pierres suivies. La décoration paraît sortie d’un documentaire de France 5 : fines ciselures à même la pierre couvrant l’entièreté de leur surface. Le quatrième côté de ce carré parfait est occupé par la façade d’une basilique. Magnifique monument où certains d’entre nous ont eu le loisir d’assister à une messe, cet édifice paraît taillé dans la pierre même, tant l’agencement est soigné. Au centre de la place trône une fontaine, des bancs publics et quelques espaces verts. Depuis cette fameuse place donc, nous nous rejoignîmes au couvent Santa Catalina, véritable ville dans la ville et attraction touristique majeure. Son histoire, de plus de 500 ans, est tout simplement fascinante. Il couvre une surface de 2 hectares, ce qui lui permet de compter de nombreuses rues, une place principale, une église… Crée par une riche veuve à l’époque coloniale, ce couvent n’abritait au départ que des religieuses dédiant leur vie entière à la foi. Intégrant l’institution dès leur plus jeune âge, par décision familiale et suivant l’ordre d’arrivée dans la fratrie, des jeunes filles de familles riches y suivaient premièrement une instruction de novices. Passée une période allant de 1 à 4 ans, les novices devenaient religieuses, changeant de mode de vie mais toujours au sein du couvent. Les libertés de ces demoiselles furent successivement accrues puis restreintes et finalement largement assouplies par le Concile Vatican II et la venue du Pape Jean-Paul II dans les années 70. Aujourd’hui au nombre de 20, ces femmes toutes entières dévouées à la religion peuvent sortir du couvent en certaines occasions, comme pour un problème de santé personnel ou touchant un de leurs proches. La dot faramineuse jadis demandée pour intégrer l’institution n’existe plus et le confort est en tous points différents à celui jadis en vigueur (accès aux moyens de communication, télévision et internet inclus). Il est bien évident que la baisse d’influence de la religion a mené à reconsidérer les conditions d’entrée et de vie au couvent. Il reste en tout cas de cette visite un souvenir très agréable, ce qui me réconcilie avec les visites d’édifices religieux, bien souvent marqués par une litanie de bondieuseries insipides.
Cette escale à Arequipa aurait pu durer plus de 2 jours, notamment avec une excursion au canyon de Colca, le plus profond du monde. Néanmoins, le climat, capricieux en cette saison, nous réserve 5 jours de pluie qui réduisent à néant tout projet de prolongement. Nous avons donc décidé de quitter la ville direction Nazca, à 10 heures de bus vers l’Ouest où, paraît-il, la clémence du ciel nous permettra de profiter au mieux des prochains jours.